Faux départ

J’ai essayé d’aller au Vietnam aujourd’hui mais je n’ai pas réussi. Mon avion est parti sans moi ce matin.

J’avais pourtant tout planifié. À trois heures du matin, je prenais la route vers l’aéroport. Après avoir reçu ma carte d’embarquement pour ma première escale à Chicago, je me suis dirigée vers la sécurité américaine, que j’ai traversée sans anicroche. J’étais rassurée, le pire était fait.

Quand je suis entrée dans le terminal, un délire m’a envahie. Le fait même que j’aie réussi à organiser ce voyage était un accomplissement. C’était un grand jour pour moi. Alors que je marchais fièrement vers ma porte d’embarquement, la chanson Eye of the Tiger jouait dans ma tête.

L’embarquement a débuté. La jeune fille au comptoir m’a remis mon passeport et m’a souhaité un bon voyage. Dans l’avion, j’ai pris place à côté d’un jeune homme fort aimable. Nous avons engagé la conversation sur nos plans de voyage. Je lui ai alors demandé s’il habitait à Ottawa; il me répond que oui. Le vol s’annonçait très agréable.

C’est alors qu’un préposé en veste fluorescente s’approche et me demande:

What’s your name?

Le. Flora Le.

Come with me, we need to fix your ticket. 

J’ai un moment de confusion. Je déboucle ma ceinture et je me lève pour le suivre. Il se retourne et ajoute:

Take your stuff with you. 

Je fais avec lui marche arrière vers le terminal jusqu’au comptoir d’embarquement. La jeune fille qui m’avait tantôt souhaité bon voyage est au téléphone. Elle ne daigne pas me regarder ni m’expliquer ce qui se passe. Je suis là, debout à côté du comptoir et j’attends. Confuse. Mais confiante. “C’est impossible que je ne parte pas sur ce vol,” me dis-je. “Tout va finir par s’arranger.”

Mais je ne prends pas de chance. Je ferme les yeux et je commence mes prières.

Quelques minutes plus tard, la jeune fille racroche. Elle me dit:

Vous n’êtes pas dans mon système. Vous étiez cédulée pour partir le 9 décembre. Je n’ai rien à votre nom pour aujourd’hui. Je ne peux pas vous laisser monter sur l’avion. D’ailleurs, le vol est déjà parti.

– Mais j’avais changé mes dates…

Inutile de dire que cette conversation était perdue d’avance.

Plus de trace de ma nouvelle réservation. Je n’avais techniquement plus de billet d’avion. L’ayant acheté d’une agence en ligne, la seule solution, m’expliquait-on, était de les contacter pour qu’ils réémettent un nouveau billet.

Fantastique. J’étais à l’aéroport, sans le numéro de l’agence, sans cellulaire, sans Internet, sans monnaie canadienne et sans manteau d’hiver.

Il ne me restait d’autre choix que de rentrer chez moi.

Après avoir passé deux heures au téléphone avec l’agence et la ligne aérienne, on m’a finalement confirmé que j’étais dans le système. C’est la préposée qui avait fait une erreur. Ils m’ont réémis un billet pour le lendemain matin.

Quelques secondes après avoir coupé la ligne, un énorme vertige m’a envahie. J’étais assommées par les événements qui venaient de se passer. Je me suis évanouie de sommeil pendant plusieurs heures. Quand j’ai repris mes esprits, couchée dans mon lit, je me suis mise à chercher une explication.

C’est mon amie Amélie qui me l’a fournie. Un scénario d’horreur semblable lui était arrivé lors de son voyage au Tibet. Dans son cas, elle s’était retrouvée toute seule en Chine, sans passeport et sans bagages.

Au téléphone, elle me dit: “Quand on s’apprête à entreprendre un important cheminement spirituel, on rencontre nécessairement des résistences. C’est que pour vivre pleinement ces expériences, il faut s’abandonner à ce qui est plus grand que nous. Si tu n’y es pas prête, la vie t’enverra des situations qui ne t’en laisseront pas le choix.”

Elle termine en me disant: “Rassure-toi, ces épreuves sont à la hauteur des beautés qui t’attendent.”

Que j’aie été sortie de l’avion et empêchée de partir au Vietnam aujourd’hui relève de l’absurde. Sinon du divin. Mais j’en ai tiré une leçon.

Demain, ce n’est pas avec tambours et trompettes que je me présenterai à l’aéroport, mais avec une profonde humilité. C’est peut-être ce qui me manquait pour être prête à partir.

Et si une fois rendue à Hanoi, mon sac n’y est pas, je lèverai les yeux vers le ciel et je sourirai.

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4 thoughts on “Faux départ

  1. Coucou mon amie!

    Je pense à toi! Je me suis dit que j’allais aller faire un petit tour sur ton blog dans l’espoir d’y lire quelques nouvelles, et c’est là que j’ai eu la surprise de voir deux nouveaux articles!!!

    Et bien, on peut dire que tu vis déjà pleinement les péripéties d’un voyage qui n’a même pas commencé! Ou je devrais dire peut-être, plus justement, que cette aventure prouve que ton voyage est en fait commencé depuis plusieurs mois et que, comme pour tous les voyages, les péripéties en font forcément partie et forment souvent les meilleurs souvenirs à notre retour!
    Ta façon de percevoir et de réagir à ce premier virage démontre clairement que tu es prête à composer avec ce qui t’attend, à y voir le positif et à en retirer le meilleur!

    J’espère qu’à l’heure qu’il est tu es assise “bien confortablement” (= faux) dans ton siège d’avion (et emmitouflée dans ta-trop-petite-couverture-bleue-d’avion-statique à siroter, qui sait, un Cesar ou un café Baileys?!

    J’ai si hâte de lire tes premières impressions de cette terre que tu vas apprendre à découvrir dans les prochaine semaines, les odeurs, les couleurs, les gens!

    J’ai aussi envie de te dire mon amie, qu’avec ce blog, tu ne pars pas seule, tu nous fait le cadeau de nous emmener avec toi et celui du partage. Alors pars sans crainte, je suis sûre que nous serons être de bons compagnons de voyage!

    Bon voyage Flora!

    Ton amie
    Caroline xox

  2. Je débarque sur ton blogue aujourd’hui! Je te croyais perdue au Vietnam, en paralysie, mais non, tu semble complètement dans ton élément. Merci pour ce beau rappel de la grandeur de la vie. On oublie si vite.

    • Amélie! Quel plaisir d’avoir de tes nouvelles. Tu es au Luxembourg? Je pense souvent à toi, tu sais. Il faut qu’on prenne des nouvelles. J’ai hâte que tu me racontes comment le mariage s’est passé.

      Je t’embrasse très fort!!

  3. Je t’attends chez moi dans 2 semaines! Profites bien de ce temps! On a des heures de jasette et photo devant nous! Des agréables moments en vue

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