Arrivée à Nghia Lo

Pendant la dernière heure de route, nous sommes rentrés dans la chaîne de montagnes Hoan Lien Son. Le nord du Vietnam est très montagneux, et c’est ce qui en fait sa beauté. Nous roulons rondement de village en village pour arriver avant la nuit.

Déjà, on pouvait sentir le froid qui règne dans les montagnes. Même avec mon manteau d’hiver, je sentais cette humidité glaciale me transpercer la peau. Il faisait environ quinze degrés, ce qui, avec le facteur vent, se ressentait dix degrés plus froid sur la moto.

La dernière heure de route a été plutôt pénible. Sur mon guidon, mes doigts étaient gelés. Le long de la route étaient placées des bornes indiquant le kilométrage jusqu’à la prochaine ville. Dans ma tête, je faisais le décompte.

40 km. 30 km. Je plis mes doigts pour les réchauffer. 20 km. Je roule mes orteils dans mes chaussures. 10 km. Je monte mon foulard pour empêcher l’air de rentrer dans mon casque.

Nous arrivons finalement à Nghia Lo. Trung nous conduit à un petit hôtel en bordure de la ville. Comme nous sommes à la saison basse, nous n’avons pas de difficulté à obtenir une chambre. En fait, je crois que nous étions seuls dans l’hôtel ce jour-là.

Comme il est de coutume au Vietnam, nous allons voir les chambres avant de les prendre. Le préposé de l’hôtel nous escorte jusqu’au deuxième étage.

Horreur. La chambre n’était pas chauffée. Non seulement elle n’avait pas de chauffage, mais elle n’était même pas isolée. On pouvait voir un jour de trois centimètres sous la porte. La fenêtre de la salle de bain était en fait un trou dans le mur avec des lattes de verres qui s’ouvraient ou se fermaient comme un store.

Trung me demande alors mon approbation : « Good? » auquel il ajoute avec son éternel sourire : « Very cheap, you know. » Sans trop savoir quoi faire, et de peur de vexer mon ami, je lui réponds par un hochement de tête.

Le soleil était maintenant couché. On prévoyait un minimum de sept degrés cette nuit.

Je me rends ensuite à ma moto pour détacher mon sac. De retour à ma chambre, je ne pouvais pas y croire. J’avais tellement froid que je n’arrivais pas à enlever mon manteau. En fait, j’avais tellement froid que je n’arrivais pas à penser.

En attendant le souper, je décide de me coucher dans le lit. J’y entre bien sûr avec tous mes vêtements. Mais les draps étaient froids et humides. La couette était froide et humide.

Une heure plus tard, Trung et moi nous rencontrons au restaurant de l’hôtel, qui est une grande terrasse à aire ouverte. Toujours avec nos manteaux sur le dos, nous prenons place à une table basse.

Trung entame la conversation. Je lui pose quelques questions sur son emploi. Il me dit qu’il adore son travail de guide. Il ajoute :

– You know, me last year, very sad. Very, very sad. On motorbike, mind is free. On motorbike, I’m happy.

Comme beaucoup de Vietnamiens, Trung a du mal à prononcer le « r » qui n’existe pas dans leur langue. Ainsi, il ne prononce pas « motorbike » mais plutôt « môtôby », ce que je trouve absolument charmant. Tellement que je décide d’adopter l’expression moi-même.

Il poursuit :

– Sometimes no good. Sometimes dangerous. Last month, I crash.

Trung lève alors son chandail pour me montrer les pansements sur son ventre. Il a vraisemblablement fait un accident le mois dernier, duquel il a hérité de plusieurs points de suture. La blessure lui fait encore mal.

Après le repas, nous retournons à nos chambres respectives. Mais avant de se quitter, Trung m’explique l’itinéraire de demain. Nous irons jusqu’à Sa Pa. La route sera longue : nous devrons rouler 250 km, c’est-à-dire environ 7 à 8 heures. Il termine en me disant :

– Tomorrow, very cold. Very very cold. In the mountain, maybe fog. In Sa Pa, maybe snow.

Dans la noirceur de ma chambre, un désespoir m’envahit. Je n’étais plus seulement hors de ma zone de confort, j’étais carrément inconfortable. Je me sentais seule et isolée, et agressée par cet environnement glauque et inamical. En plus, j’avais maintenant peur de faire un accident dans les montagnes.

Roulée en boule dans mon lit, je me demandais comment j’allais arriver à dormir. Pis encore, comment j’allais survivre à la journée de demain.

C’est alors que je me suis rappelée d’une citation sur laquelle j’étais tombée un jour. Je me souviens de l’avoir collée sur le mur de mon bureau. Elle disait :

“Juste au-delà de votre zone de confort vous attendent de merveilleuses choses.”

Cette citation était la seule chose qui m’avait apporté un peu de chaleur ce soir-là. En effet, je n’avais d’autre choix que de me réfugier dans ma foi profonde que ce voyage en valait la peine. Que je devais faire ce voyage.

Alors que je me répétais cette phrase, je me suis endormie.

Au loin, les montagnes.

Au loin, les montagnes.

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