La route vers Sa Pa

La nuit avait réussi à dissiper mes inquiétudes. Au réveil, je me sentais prête à relever le défi des 250 km de route vers Sa Pa. Le village constitue l’un des endroits les plus visités au Vietnam, notamment à cause de sa proximité au mont Fansipan où beaucoup de touristes vont faire de la randonnée. On peut aussi y voir de près des H’mong (« Mong »), peuple autochtone du nord du Vietnam.

Et ce froid n’allait pas m’arrêter. À l’exception de mon maillot de bain, j’ai décidé de mettre tous les vêtements que j’avais apportés. J’avais donc deux combines sous mes jeans, deux paires de bas en laine de mérino, six chandails, mon manteau de moto et mon manteau d’hiver. Une fois vêtue, je pouvais difficilement plier les bras, encore moins me pencher. Mais au moins, j’étais au chaud.

Après un copieux déjeuner constitué d’une soupe ramen au bœuf et au chou, un déjeuner typique dans la région, nous nous sommes préparés à prendre la route. Trung s’empresse de prendre mon sac pour l’attacher à ma moto. Je l’en empêche. « Je veux apprendre », lui dis-je. « Montre-moi. »

Il fallait bien que j’apprenne à être autonome sur cette moto. Et cela allait commencer par attacher moi-même mon sac avec les courroies de caoutchouc qu’Anh m’avait installées.

Nous reprenons la route aussitôt. En quelque temps, nous avons quitté toute forme de vie urbaine. Au loin, les rizières en terrasses se superposent à perte de vue sur les flancs de montagne. Les courbes inégales des rizières donnent au paysage un air de peinture impressionniste. La vue est à couper le souffle.

Le long du chemin, on assiste à toutes sortes de scène de vie rurale. On voit des gens. Certains travaillent, d’autres transportent du bois ou du fourrage pour les animaux. On voit des mères qui promènent leur bébé, des enfants qui marchent vers l’école ou des adolescents qui en reviennent à vélo. Puis, à mesure qu’on s’éloigne dans les montagnes, les villages se font de plus en plus rares.

On y voit aussi beaucoup d’animaux. Des familles de buffles qui se promènent en plein milieu de la route. Des chiens errants à la recherche de nourriture. Des poulets, qui ont la fâcheuse habitude de se jeter sur le chemin à l’approche d’un véhicule. Sans compter les canards, les cochons et les sangliers qui se baladent paisiblement comme s’ils possédaient la chaussée.

La route dans les montagnes est sinueuse mais magnifique. Elle est peu achalandée et la conduite y est agréable. Les courbes accentuées nous forcent à conduire lentement. Et nous avons de la chance, la température est parfaite. Il fait soleil et le temps est clair.

Jusque-là, tout allait bien. Mais les derniers 50 km jusqu’à Sa Pa allaient mettre mon optimisme à l’épreuve. Nous étions alors à près de 2000 mètres d’altitude. La neige sur les flancs de montagne tombait et s’accumulait sur les bords de la route. La chaussée était mouillée et glissante. Nous roulions alors dans le brouillard et la nuit commençait à tomber. S’ajoutait à cela que mon souffle embuait complètement la visière de mon casque à cause du froid. Bref, je ne voyais pas plus de six pieds devant moi.

Avec seulement deux jours d’expérience à moto, je trouvais ces conditions plutôt dangereuses. Je tenais les poignées de mon guidon fermement. La fatigue me faisait fixer du regard, alors je devais redoubler de concentration pour rester alerte.

Dans une côte, nous voyons des gens attroupés. Un peu plus haut, une moto rouge gît par terre, renversée sur le côté.

Malgré ce triste spectacle, nous continuons notre route.

Puis, au détour d’une courbe, apparaît une femme H’mong accroupie sur le bord de la route. Trung me fait signe d’arrêter. Sur son petit feu de braise grillaient des brochettes de bœuf marinées à la citronnelle. Trung nous en a acheté deux. Elles étaient tout simplement délicieuses.

Inutile de dire que j’étais presqu’en hypothermie quand nous sommes arrivés à Sapa. Le mercure frôlait le point de congélation, ce qui était glacial sur la moto. J’étais épuisée et j’avais le fessier endolori, mais j’étais heureuse d’avoir fait cette route magnifique.

J’avais ce sentiment extraordinaire d’avoir relevé un sacré défi.

Petit déjeuner avant de partir.

Petit déjeuner avant de partir.

Les rizières en terrasses.

Les rizières en terrasses.

Les montagnes enneigées à l'approche de Sa Pa.

Les montagnes enneigées à l’approche de Sa Pa.

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One thought on “La route vers Sa Pa

  1. La neige est vraiment rare au Vietnam. Juste te considérer privilégiée de ce paysage de rêve.
    Pour couper le vent froid et l’humidité, utilise un sac de poubelle en avant de ton corps entre tes couches d’habit, incluant à l’intérieur des chaussures. Utilise les gants à vaisselle par dessus tes gants.
    Mange beaucoup pour combattre le froid et la fatigue.
    Je suis ton périble religieusement et avec envieux.

    Soit prudente belle-soeur!
    Xoxo
    Trúc
    Ps Hier, Déo et al ont fêté Noel chez moi jusqu’aux petites heures du matin. C’était super agréable!

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