La route sans nom

Nous sommes arrivés au lac de Ba Bê à la tombée de la nuit. Notre gîte, opéré par une famille H’mong, était situé en bordure du majestueux lac.

La deuxième journée de route vers Ba Bê n’avait pas été facile. En effet, Trung avait décidé de prendre un raccourci afin de nous éviter le long détour que la route principale nous aurait imposé. La route n’avait pas de nom et ne figurait sur aucune carte. Trung était particulièrement enthousiaste à cette idée car il ne l’avait jamais empruntée. Il m’avait néanmoins prévenue qu’elle ne serait pas pavée et qu’elle ressemblerait à du hors-piste.

Trung n’avait pas menti. Cette route était mauvaise et cahoteuse. Nous roulions sur la roche, évitant les trous béants, les flaques d’eau, les bosses et les marres boueuses. Une fois de plus, la motoriste novice en moi était mise à l’épreuve. J’étais tout sauf détendue. Trung, lui, s’amusait comme un petit fou.

À un moment donné, je me suis retrouvée devant un choix difficile. À ma droite, des roches inégales et acérées, et à ma gauche, un trou rempli d’eau dont j’ignorais la profondeur. J’ai eu un moment d’hésitation. Avant que j’aie pu me ressaisir, ma roue avant a dérapé et ma moto a basculé sur le côté.

J’avais fait mon premier accident. Rien de grave, heureusement.

Trung était déjà loin devant. Il n’avait rien vu de la scène. Après m’être secouée, j’ai tenté de relever ma moto.

Arrrggghh.

Sans succès. Je l’avais à peine soulevée de terre.

J’allais pourtant devoir apprendre à relever ces 300 livres toute seule. Ce genre d’accident pouvait m’arriver à n’importe quel moment. Et Trung ne serait pas toujours là pour courir à ma rescousse.

Arrrggghh.

Toujours sans succès. C’était beaucoup moins facile que je le croyais.

J’en étais à ma troisième tentative – toujours aussi infructueuse – quand Trung est accouru. L’air inquiet, il me demande : « You OK ? ». Je n’étais pas blessée. J’avais réussi à me dégager de la moto pendant la chute.

Voulant prouver que tout allait bien, j’étais prête à reprendre la route immédiatement. Pourtant, j’étais inquiète. J’étais déjà fatiguée de cette route fastidieuse et nous n’étions qu’à la moitié du trajet. De plus, je me préoccupais du dommage que subissait ma moto, de même que mes effets personnels qui étaient comme assis sur un marteau piqueur.

Trung a imposé un arrêt. En réalité, j’en avais rudement besoin.

Je me suis assise sur le bord de la route. On n’entendait que le bruit du vent dans les feuillages. Puis, j’ai cru entendre un bruit venir de la jungle. J’ai tendu l’oreille. Je pouvais distinguer un son de cloche. En fait, il s’agissait de deux sons différents.

Immobile devant la falaise, j’écoutais ce duo de cloches. On aurait dit qu’elles se répondaient.

Dans cette région, on retrouve beaucoup d’élevage de chèvres de montagne, qui sont de véritables grimpeuses. Il y en avait vraisemblablement deux qui, cachées dans les feuillages, broutaient sur la falaise abrupte.

Je n’ai jamais aperçu les chèvres. Mais le tintement des cloches emporté dans le vent m’apparut alors si poétique.

La route sans nom.

La route sans nom.

Advertisements

2 thoughts on “La route sans nom

  1. Bonne année ma belle Flora! Je pense beaucoup à toi et je continue à te suivre dans ton voyage. Prends bien soin de toi! Vxx

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s