Noël au lac de Ba Bê

Il n’y a pas d’hôtel au lac de Ba Bê, mais plutôt une myriade de gîtes chez l’habitant tenus par des H’mong. Le nôtre était absolument charmant. On aurait dît un croisement entre un chalet de bois rustique et une maison sur pilotis. L’endroit n’était évidemment pas chauffé, mais l’intérieur était propre, coquet et confortable.

Mon corps commençait tranquillement à s’habituer au climat. Après quatre jours, je ressentais toujours le froid, mais je n’en étais plus aussi incommodée. Même sur la moto, mon corps avait appris à patienter dans le froid. Mes doigts et mes orteils étaient toujours gelés mais mon esprit ne s’en préoccupait plus. J’étais plutôt concentrée à m’émerveiller des paysages qui m’entouraient. À chaque moment, je me rappelais combien j’avais de la chance d’être sur une moto dans un environnement aussi exotique et magnifique.

À chaque moment, aussi, je me disais combien j’avais de la chance d’avoir trouvé Trung. Depuis quatre jours, nous voyagions ensemble et j’étais ravie de l’avoir avec moi. Sa présence était tellement rassurante. Il m’a permis de m’adapter à ce nouvel environnement dans lequel je serais plongée pour les six prochaines semaines. Nous avions vu plusieurs types de routes : les rues achalandées et chaotiques de Hanoi, les routes sinueuses et isolées des montagnes, les chemins de campagne remplis d’animaux, les autoroutes polluées et dominées par les poids lourds, et les chemins hors-piste. Bref, je sentais que j’étais maintenant mieux péparée à la portion solo de mon voyage.

Trung avait accepté de rester avec moi une journée de plus. Il aurait normalement dû prendre la route vers Hanoi le lendemain matin, mais il a décidé de faire un détour pour me suivre vers le sud. Demain était donc notre dernière journée de route ensemble.

Malgré que je me fusse adaptée à la route, il me restait encore beaucoup de peurs reliées à mon voyage. Peur de tomber en panne au milieu de nulle part. Peur de me perdre. Peur de demander mon chemin à des gens dont je ne parle pas la langue. Peur de me faire traiter comme une persona non grata parce que je suis une touriste. Peur de ne pas savoir commander dans les restaurants sans menu. Je redoutais le moment où Trung et moi allions faire chemin à part.

Seule, je me sentais très vulnérable dans ce pays dont je ne parle pas la langue. Depuis le début de mon voyage, je portais une culpabilité de ne pas pouvoir m’exprimer, même minimalement, en vietnamien. Je voulais que les gens sachent que je n’étais pas une touriste comme les autres. Que mon père était d’ici, que je portais en moi le sang du pays et que mon voyage avait un sens particulier. Mais le fait que je ne parle pas la langue me réduisait à n’importe quel autre touriste. J’en étais souvent frustrée.

Comme il n’y a pas de restaurants dans les alentours, le gîte nous a préparé ce soir-là un souper composé de riz accompagné de rouleaux impériaux et de quelques plats de viande. L’un d’eux était une salade de poulet froide avec des lanières d’oignons et quelques feuilles d’une herbe vietnamienne dont j’ignore le nom.

À la première bouchée, je suis restée figée. J’avais déjà mangé ce plat. Mon esprit s’est mis à ratisser ma mémoire pour trouver où et quand. Et puis après un moment, un lointain souvenir m’est revenu à l’esprit. Je l’avais mangé quand j’étais petite. Il devait y avoir quinze ou vingt ans. Mon père l’avait cuisiné.

C’était le soir de Noël. J’ai levé les yeux vers le ciel et j’ai souri.

Après le souper, je me suis retirée dans ma chambre comme je le fais à tous les soirs. Trung aurait voulu que nous continuions la fête arrosée de quelques bières. Mais moi, je voulais profiter des deux heures qu’il me restait pour rédiger quelques mots.

J’avais déjà la piqûre. Après quatre jours, ce que je désirais le plus pendant ce voyage était de rouler et d’écrire. Juste rouler, et écrire.

Le majestueux lac de Ba Bê.

Le majestueux lac de Ba Bê.

Mon souper de Noël.

Mon souper de Noël.

 

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4 thoughts on “Noël au lac de Ba Bê

  1. Au chaud chez moi malgré le -27C à Mtl aujourd’hui, je continue à savourer chaque mot de ton récit. Je rêve de pouvoir prendre la relève du flambeau de Trung mais en vain. Avec 9000 km de vélo par année, je rêve de pouvoir faire ton parcours. Afin on aura beaucoup à discuter à ton retour! Aussi prend plutôt le chemin du col de nuage (dèo Hai Vân) pour aller à Huê au lieu du tunnel. Bonne chance ma chère.

    • Salut Truc!

      Merci de me lire et de m’écrire des commentaires. J’apprécie vraiment beaucoup. Tu sais, presque tous les matins quand je me lève, je vois sur mon téléphone les commentaires ques les gens m’ont laissés sur le blogue et cela me fait vraiment plaisir. Parfois, c’est le support qu’il me faut pour commencer ma journée. Je suis un peu en retard su rmon blogue – je suis présentement en route vers Hue.

  2. L’herbe, c’est ce que papa appelait a menthe poivrée, ou le rauram, ou enfin se prononce ainsi en vietnamien! :). Miam!

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