Panne

Sur la route, je repassais dans ma tête les images de l’accident. Je pensais aux risques de mon voyage. Sur ma moto, je me sentais soudainement tellement fragile et exposée.

Alors que je ressassais ces idées, ma moto s’est arrêtée. Une panne. La poignée de l’accélérateur ne fonctionnait plus. J’avais beau la tourner, on aurait dit que l’essence ne se rendait plus au moteur. Mon réservoir d’essence était pourtant à la moitié. Je suis débarquée de ma moto et j’ai commencé à pousser.

Plusieurs regards amusés m’ont regardée passer.

Une multitude de commerces bordait la route. J’avais confiance que je pourrais trouver un garage dans le prochain kilomètre ou deux. J’espérais juste que le problème ne soit pas trop grave et que je puisse me rendre à mon hôtel avant la nuit.

Le premier garage que j’ai rencontré n’a pas voulu me servir. J’ai poursuivi ma route.

Environ un kilomètre plus loin, je me suis arrêtée devant ce qui avait l’air d’un magasin de pièces de moto. Il n’y avait personne. Je me suis garée et j’ai entendu.

Quelques minutes plus tard, un jeune homme est apparu. Je lui ai alors mimé ce qui n’allait pas avec ma moto. La communication n’était pas facile, mais il était gentil et prêt à m’aider. J’étais sauvée.

À l’aide de son scooter, il m’a « remorquée » jusqu’au prochain garage, en me poussant au neutre à l’aide de l’appui-pied de mon siège passager.

Une fois arrivée au garage, j’ai envoyé un message à Trung. Il m’a rappellée aussitôt.

– « Où es-tu? », me demande-t-il en anglais.

–  Je suis presque rendue. Je suis à 10 km de Ninh Binh.

– Quel est le problème?

– La poignée de l’accélérateur a arrêté de fonctionner.

– Je vois. Laisse-moi parler au mécanicien.

J’ai tendu le téléphone au jeune homme qui était accroupi devant ma moto. Ils ont discuté quelques minutes. Puis, j’ai entendu Trung négocier le prix de la réparation.

Quand j’ai repris le téléphone, Trung m’a rassuré qu’il n’y avait rien de grave et que la réparation serait toute simple. Le tout ne me coûterait que 20 000 dongs, c’est-à-dire un dollar canadien.

En moins d’une demi-heure, ma moto était réparée. J’étais soulagée. Ma première panne s’était plutôt bien passée.

De retour sur la route, mon coeur s’est rempli de gratitude. Depuis le début du voyage, je redoutais les pannes. Je me considérais privilégiée d’avoir quelqu’un comme Trung pour m’aider avec les problèmes mécaniques de ma moto.

La présence, même lointaine, de Trung m’était précieuse. C’était le support qu’il me fallait pour passer aux travers des difficultés techniques de mon voyage. Et ce jour-là, son coup de fil avait fait toute la différence. Il m’avait rassurée à un moment où je me sentais des plus vulnérables. Il était un véritable ange gardien.

Puis, j’ai compris. J’ai levé les yeux au ciel et j’ai souri.

Depuis le début de mon voyage, j’ai la certitude que mon père est avec moi. Qu’il m’accompagne et me protège. Mais j’ignorais comment sa présence se manifesterait pendant mon voyage.

Trung est constamment sur la route, et le plus souvent dans des endroits où il n’y a pas de réception cellulaire. Ce jour-là, il était dans les montagnes du nord du Vietnam, à Bac Ha. De plus, il passe six à sept heures par jour sur sa moto. C’est donc dire que les chances qu’il reçoive mon message et me rappelle instantanément étaient plutôt minces. Et pourtant.

Ce jour-là, il m’est apparu clairement que l’esprit bienveillant de mon père se manifestait dans l’assistance attentionnée de Trung. D’ailleurs, à bien y penser, il avait été mon ange gardien depuis le tout premier jour de mon voyage à moto.

J’avais maintenant compris qu’il avait été mis sur ma route.

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6 thoughts on “Panne

  1. Je pense souvent à papa aussi mais parfois aux moments ou je m’y attends le moins…. Des fois je dois m’arrêter quelques secondes pour que ma raison laisse bien voir à l’émotion du moment que le tout est bien réel et que ce n’est pas juste une un glitch momentané. Sur mon téléphone, ses photos tendent à revenir dans mes panoramas et lorsque je les voies, la première fraction de seconde, mon cerveau me dit toujours “tiens, il n’y a loingtemps que je ne lui dire pas parlé, temps de l’appeler”. Même chose pour maman ou Sandra. Sauf que dans le cas de papa, lorsque la raison a tué ma fraction de seconde d’innocence, je me rappelle que ce n’est plus possible et que le seul bouton: back qu’il me reste est celui de mon ordi pour revoir la photo qui vient de passer.

  2. Je ne te l’ai peut-être pas dit mais j’ai demandé à ton père s’il était inquiet pour ton voyage une journée où j’étais seule avec lui. Il m’a dit: “Tu sais Yvette, il faut faire confiance en Flora et tout va bien se passer”. Je suis contente que tu découvres sa présence sécurisante.
    Bonne route; nous aussi on est là avec toi…
    Yvette

  3. Salut Flora ! C’est vraiment passionnant et un grand plaisir de lire tes aventures et tes réflexions au Vietnam ! Ton écriture est très vivante et on se sent avec toi en te lisant, certains passages sont très émouvants. Merci de partager ça avec nous, je sais que ça prend du temps. Tes photos et tes vidéos sont magnifiques ! Bonne suite de voyage ! 🙂

    • Salut Étienne!! Quel plaisir de te lire!! Comment vas-tu? Je passe un séjour extraordinaire au Vietnam – je suis vraiment comblée. Ça me fait vraiment plaisir que tu me lis. Je pense souvent à toi quand je fais le montage de mes vidéos. S’il-te-plaît, sois indulgent avec moi! 😉

      Mais je dois te dire que j’ai vraiment un plaisir fou à créer mes vidéos. Je m’amuse beaucoup avec ce blogue.

      J’espère que tu vas bien. J’en profite pour te souhaiter une bonne année. Bisous de Hoi An!

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