Grottes et vin de riz

Je suis arrivée à Ninh Binh le jour du nouvel an. Comme je n’avais fais aucun plan pour célébrer ce soir-là, je comptais rester tranquille dans ma chambre d’hôtel.

Vers 20h, le téléphone a sonné. C’était le jeune homme de la réception. La propriétaire organisait une petite fête dans le restaurant de l’hôtel et elle m’invitait à descendre. “Pourquoi pas“, me dis-je.

Dans le restaurant de l’hôtel, une dizaine d’autres touristes étaient attablés. La propriétaire nous a accueillis avec des gâteaux et de l’alcohol de riz (rượu đế). C’est l’alcohol le plus courant au Vietnam, et un élément essentiel de l’hopitalité locale. Quoique ce dernier s’achète partout au Vietnam, il est souvent fabriqué artisanalement. Sa force varie, mais il se chiffre typiquement à 40%.

Comme il est de coutume au Vietnam, nous avons vidé notre verre au compte de : “Mot, Hai, Ba… Yo!

Ouah. Le goût n’était pas particulièrement agréable. Mais ce n’était pas le point.

J’ai alors entrepris la conversation avec mes voisins de table. Quand je me suis retournée, mon verre s’était rempli.

“Mot, Hai, Ba…. Yo!”

Et de deux.

“Mot, Hai, Ba…. Yo!”

Et de trois.

J’avais beau vider mon verre, il se remplissait. Je ne sais plus combien j’en ai descendus.

Pendant ce temps, j’ai fait la rencontre de mes voisins de gauche : un Français qui faisait le tour du monde depuis plus d’un an, et deux Allemandes. Les trois comptaient se joindre pour les visites du lendemain.

Je préférais continuer seule.

Le lendemain, j’ai pris la route vers une pagode qu’on dit juchée sur le haut d’une montagne. En chemin, j’ai croisé Trang An, un petit village où on peut faire une ballade en rivière dans les rochers karstiques de la région. J’ai jeté un coup d’oeil par-dessus la clôture : il n’y avait presque personne. J’ai décidé d’acheter un billet.

Arrivée au quai, le préposé ne m’a pas laissée embarquer. Avec ses doigts, il m’indique que le bateau accueille un minimum de quatre passagers. Je devais donc me joindre à d’autres touristes.

Comme il n’y avait personne à l’horizon, j’ai décidé de visiter le site qui habritait une petite pagode. J’étais accroupie à prendre des photos quand j’ai vu passer devant mon objectif… le Français et les deux Allemandes. Quelle rencontre fortuite! Ils avaient planifié aller dans une autre direction, mais avaient changé leurs plans à la dernière minute.

Cette rencontre inattendue m’avait donnée envie de poursuivre mes visites en leur compagnie. Nous avons alors pris place dans une embarcation.

La visite des grottes de Trang An a été des plus charmantes. La température était parfaite. La compagnie, très agréable.

Pendant que nous glissions tranquillement sur l’eau, de grotte en grotte, mes acolytes m’ont questionnée sur mon voyage. Quand je leur ai dit que je voyageais seule, à moto, dans un pays dont je ne parle pas la langue, ils m’ont fait une tête plutôt étonnée.

Étant donné la complicité qui s’était installée, je leur ai confié les véritables motivations de mon voyage. Que je comptais faire ce voyage avec mon père. Qu’il était décédé et que je ramenais ses cendres dans son village natal. Que je tentais d’écrire l’histoire de l’homme qu’il a été. Que j’étais sur la trace de mes origines.

Alors que je racontais mon histoire, je pouvais percevoir l’émotion de mes interlocuteurs. C’était un mélange d’émoi et de stupéfaction. Comme je vis ce voyage au quotidien, je ne réalise plus son caractère audacieux. Mais l’émotion que je voyais dans leurs yeux me rappelait l’extravagance de mon périple.

Je considère qu’il y a trois grands échecs dans la vie. Comme je l’ai déjà dit, le premier est de ne pas réaliser ses désirs.

Le second est de ne pas réaliser son potentiel.

Notre univers est à l’échelle de nos peurs. Plus nous donnons d’espace à celles-ci, plus notre monde est étroit. Or, ce dont le corps et l’esprit sont capables se situe bien au-delà de nos croyances. Nous n’exploitons en réalité qu’un faible pourcentage de nos capacités.

L’envergure de la vie que l’on mène est dictée par la perception de nos limites. Mais celles-ci ne sont que des créations de l’esprit. Explorer son potentiel et repousser ses limites constituent un élément essentiel d’une quête de sens.

En réalité, nos peurs fonctionnent comme un compas qui indique la direction où se trouve une opportunité de grandir. Il ne faut donc pas les fuir, il faut les suivre. Le sens se trouve juste au-delà de celles-ci.

Avec ce voyage, j’ai envie de voir ce dont je suis capable. De repousser mes limites d’inconfort, d’insécurité, de solitude, de vulnérabilité. J’ai aussi envie de connecter avec ma créativité. De découvrir ma voix pour voir jusqu’où elle va me mener.

Je refuse que mes peurs entravent ma route. Je ne m’arrêterai que lorsque je rencontrerai des obstacles réels.

Je me suis finalement rendue à la pagode située sur le haut d'une montagne.

Je me suis finalement rendue à la pagode située sur le haut d’une montagne.

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Au sommet, un temple dédié à Quan Am, la déesse de la compassion.

Magnifique vue au coucher du soleil.

De là-haut, une vue magnifique au coucher du soleil.

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