Huế, la cité impériale

Après avoir passé quatre jours dans la région de Phong Nha, il était temps de repartir. Le lendemain matin, j’ai pris la route vers Hué, cette ville qui sépare le Vietnam entre le nord et le sud. J’avais 235 kilomètres à parcourir, c’est-à-dire environ six heures de route.

Pendant plus d’un siècle et demie, Hué a été la capitale impériale du Vietnam. On y trouve notamment les ruines de la cité où vivait la dynastie Nguyen. Malgré qu’elle ait été fortement bombardée pendant la guerre, Hué a gardé un charme et une sophistication que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au Vietnam.

Mon arrivée à Hué marquait aussi un important jalon de mon voyage. J’étais géographiquement à la moitié de mon voyage à moto, et psychologiquement à mi-chemin d’atteindre mon objectif.

La route vers Hué a été facile et agréable. Je suis donc arrivée à mon hôtel en fin d’après-midi. Comme il était trop tard pour faire des visites, j’ai décidé d’en profiter pour faire quelques commissions.

La première et la plus importante était de faire faire une vérification complète de ma moto. La route que je comptais prendre par la suite serait quelque peu déserte. Je tenais donc à ce que ma moto soit en parfait état avant de poursuivre mon voyage.

Lors de mon séjour à Phong Nha, j’avais discuté avec Ben, le propriétaire du gîte à la ferme où j’étais restée. « On voit beaucoup d’hommes, seuls ou en groupe, traverser le Vietnam à moto. Tu es la première femme que je rencontre le faisant seule », m’avait-il dit.

Le matin de mon départ, alors que je procédais à ma préparation habituelle, Ben m’avait demandé :

– Aurais-tu besoin de voir un mécanicien à Hué? J’en connais un qui est excellent. Il parle anglais et il est honnête. Il s’appelle Kim Nguyen.

Ben a ajouté qu’il n’avait plus de cartes d’affaire mais que j’en trouverais facilement à l’hôtel voisin. À l’entrée de ce dernier se trouvait en effet un grand panneau de bois. La carte de Kim Nguyen y était. J’en ai prises deux, que j’ai glissées dans ma poche.

Arrivée à Hué, j’ai déposé mes bagages à l’hôtel et je me suis dirigée vers le garage en question. Kim m’a accueillie avec un sourire et un excellent anglais.

Après avoir fait un tour avec ma moto et évalué les réparations, Kim m’a demandé de la garder jusqu’au lendemain. Heureuse de la savoir était entre bonnes mains, je lui ai laissé mes clés et je suis repartie à pied.

Avant de rentrer à l’hôtel, j’avais deux autres choses à faire : acheter des lunettes de soleil et un costume de bain. Quand je quitterais Hué, j’entrerais dans le sud du Vietnam. Je comptais aller me reposer sur une plage de sable fin de la côte est. Je n’avais néanmoins pas apporté avec moi de costume de bain. Je voulais profiter du fait que j’étais dans une grande ville afin de mettre la main sur les articles de plage qui me manquaient.

J’étais en train de péniblement négocier une paire de fausses lunettes Ray Ban avec un marchand qui ne parlait pas anglais quand un jeune homme s’est approché.

– « How much? », me demande-t-il.

J’ai jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule.

– I’m sorry?

– How much you want to pay?

– Five hundred thousand dongs.

Le jeune homme s’est retourné vers le marchand et a repris la négociation là où je l’avais laissée. Après quelques échanges, il s’est retourné et m’a dit :

– It’s OK. Five hundred thousand dongs.

Quelle efficacité. Ce jeune homme m’avait bien rendu service car je n’avais aucun talent à la négociation. En fait, je ne le faisais qu’avec beaucoup de réticence.

Un des irritants au Vietnam est la tendence des marchands à arnaquer les touristes. Comme il est souvent difficile d’en évaluer la valeur des choses en monnaie locale – et dans le cas de marques, d’en vérifier l’authenticité – on se fait facilement rouler.

Dans mon cas, je négocie peu. La majorité du temps, je paie le prix qu’on me donne. Certains me diront que c’est une hérésie, mais j’ai mes raisons.

Négocier me rend profondément mal à l’aise. Cet inconfort me vient de la prémisse que le vendeur est en droit d’être opportuniste et de fixer un prix initial qui dépasse la valeur de l’objet ou du service en question. La négociation est donc le moyen par lequel l’acheteur tente de remédier à ce déséquilibre. La fiction de ce mode de transaction veut que par la négociation, les deux parties arriveraient ultimement à un prix juste.

Or, je n’aime pas porter la responsabilité de remédier à l’opportunisme des autres. Je n’aime pas non plus que l’équité de la transaction repose sur mes habiletés à manipuler mon interlocuteur. Et je n’aime pas entre en relation avec des étrangers sur la base d’une lutte de pouvoir.

J’ai la chance que dans ce pays, même quand on me charge deux fois ou trois fois le prix, ma perte se compte en dollars. Quand je trouve la chose abusive, je laisse savoir à ma contrepartie que je suis au courant de l’arnaque. Mon regard leur communique qu’en agissant ainsi, ce n’est pas à moi qu’ils manquent de respect, mais à eux-mêmes.

On m’a exigé de l’argent pour avoir demandé mon chemin. On m’a demandé un million de dongs (50 dollars) pour une course de taxi. On m’a vendu mon manteau North Face au gros prix alors qu’il s’agissait d’une vulgaire contrefaçon. On a tenté de me surcharger pour une soupe listée à des prix différents dans les menus anglais et vietnamiens.

Malheureusement, dans les zones touristiques, une arnaque n’attend pas l’autre.

Je ne suis pas combative car je ne veux pas d’histoires. Le Vietnam est un pays très sécuritaire et depuis le début de mon voyage, je n’ai eu aucun problème. Aucun. Je n’ai même jamais eu peur pour ma sécurité. De jour comme de nuit.

Mais j’ai entendu des histoires de violence. Elles étaient toutes été reliées à des négociations qui avaient mal tournées. Un chauffeur de taxi qui demande un prix abusif, un étranger qui ne veut pas payer. Il s’ensuit de l’intimidation physique, parfois avec une arme blanche. Des histoires comme celle-là, j’en ai entendues plusieurs.

Il y a beaucoup de risques reliés à mon voyage que je ne contrôle pas – les accidents de la route, les vols et les pertes, par exemple. En voilà un sur lequel j’ai le contrôle. Et pour quelques dollars, je décide de ne pas le prendre.

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