La soupe aux crevettes

Les Ray Ban sur le nez, j’ai remercié le jeune homme et repris mon chemin. Mais ce dernier n’allait pas me laisser partir ainsi. Il s’est présenté et a engagé la conversation. Il s’appelait Dang.

Dang m’a d’abord demandé si j’ai besoin d’un guide pour visiter les monuments historiques de la région. Je lui ai répondu que j’avais déjà réservé un tour avec l’hôtel. Il m’a ensuite offert ses services de guide pour le surlendemain. Je lui ai répondu que je serai alors en route vers Hoi An. Il m’a demandé si j’avais besoin d’être reconduite à mon hôtel – je lui ai dit que j’étais contente de marcher.

Ce jeune homme était décidément perspicace. J’étais prête à me débarrasser de lui quand il m’a demandé :

– Do you need anything else?

En fait, oui. Je n’avais toujours pas de maillot de bain. La meilleure façon de ne pas se faire arnaquer dans les commerces du Vietnam est d’y être escortée par un Vietnamien. Ceux-ci connaissent les prix et peuvent négocier plus efficacement.

– Do you know where I can buy a swimsuit?

– Swimsuit?

– Yes, swim-suit, lui répétais-je lentement. En lui mimant une brasse, j’ai ajouté : You know, to swim.

– Yes, I know, me dit-il. Follow me.

Après avoir marché quelques coins de rues, nous avons abouti dans un restaurant. Dang m’a fait signe d’entrer. Il m’a présenté le serveur :

– He is my friend. He will help you.

S’ensuivit une conversation en vietnamien. Je me suis assise à l’une des tables, un peu confuse. Peut-être ce jeune homme vendait-il des maillots de bain à l’arrière de son restaurant. Ou peut-être savait-il où en trouver.

Le serveur s’est approché de moi avec un menu. J’ai jeté un coup d’oeil vers Dang, qui hochait de la tête en signe d’approbation. Le serveur a ouvert le menu :

– Here. Shrimp soup.

J’ai éclaté de rire. Je me suis retournée vers Dang et je lui ai dit :

– Not shrimp soup. Swimsuit!

Après quelques explications au serveur, nous étions bientôt trois à pouffer de rire. Dang était visiblement gêné de son erreur. En sortant du restaurant, il m’a dit :

– Swimsuit, for swimming?

– Yes!

– I know. Come with me.

Nous avons de nouveau enfourché sa moto et déambulé dans les rues achalandées du centre-ville. Je me réjouissais qu’il m’accompagne – je n’aurais pas su où trouver un magasin de maillots dans cette grande ville.

Nous avons conduit une quinzaine de minutes pour nous rendre finalement dans un complexe sportif. La chose prenait alors tout son sens : les magasins de vêtements de sport au Vietnam devaient être situés dans les complexes de ce genre. C’est pourquoi je n’en avais vu aucun.

Nous sommes entrés dans le complexe et Dang s’est renseigné auprès des gardes de sécurité. Il m’a expliqué que l’endroit était fermé pour la journée mais qu’un autre était encore ouvert. Nous avons rembarqué sur la moto. Nous avons retraversé la ville.

Assise à l’arrière de la moto, j’ai profité de la promenade. Normalement, c’est moi qui suis aux commandes et je ne peux me permettre d’admirer le paysage. Conduire une moto au Vietnam, en ville ou en campagne, requiert beaucoup d’attention. C’est un acte de concentration soutenue. Mon appréciation du paysage était donc toujours limitée par mon désir de rester en vie.

Mais assise derrière Dang, je jubilais. J’avais la visière ouverte et le vent dans le visage. Je fermais les yeux pour écouter les bruits des klaxons. J’avais la tête qui tournait comme une girouette pour tout voir. Je prenais des photos avec ma caméra à bout de bras. Je me retournais pour regarder les lumières du trafic derrière nous. Je n’avais pas à craindre de me perdre. Je savourais cette douce insouciance.

Nous sommes arrivés à notre seconde destination. Satisfait de sa trouvaille, Dang m’a pointe du doigt la grande piscine sportive du complexe.

– Here, swimsuit. Big one.

Je ne savais pas quoi dire. Dang était si fier de m’avoir trouvé une piscine. Je ne voulais pas lui dire qu’il s’était trompé une seconde fois. Alors j’ai joué le jeu.

Dang est rentrée pour voir s’elle était ouverte. Il est revenu l’air abattu – elle était fermée pour l’hiver car il faisait trop froid. Je l’ai rassuré que ce n’était pas grave, et qu’il était rendu trop tard pour faire des longueurs. Il était motivé à me trouver une autre piscine mais j’ai insisté pour rentrer à mon hôtel.

Entretemps, j’avais eu la chance de tester la compagnie de mon ami. Il était d’une gentillesse infinie et avait plus de dévouement qu’une congrégation de religieuses. Pendant mon voyage, je tentais de m’entourer de Vietnamiens plutôt que de touristes, mais les occasions n’étaient pas nombreuses. J’ai donc saisie celle-là.

J’ai conclu avec mon ami qu’il serait mon guide gastronomique pour le souper, et mon guide touristique pour la visite des monuments historiques le lendemain. Il était visiblement ravi.

Nous avions rendez-vous à 19h pour souper ensemble.

À moto avec Dang, à l'entrée de la cité impériale.

À moto avec Dang, à l’entrée de la cité impériale.

Mon guide Dang.

Mon guide Dang.

Advertisements

3 thoughts on “La soupe aux crevettes

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s