Rencontre improbable

Je n’aurais probablement pas visité les ruines impériales de Huế si Dang ne m’avait pas attendu devant l’entrée de mon hôtel ce matin-là. À vrai dire, je commençais à ressentir la fatigue de mon voyage à moto, qui se manifestait par une perte d’appétit pour les visites touristiques.

La visite incontournable de la région est celle des mausolées des empereurs de la dynastie Nguyễn, qui a régnée sur le Vietnam de 1802 à 1945. Il s’agit de temples fastueux situés en bordure de la ville. Financés à même les ressources de l’État dans un Vietnam alors pauvre et sous développé, la construction de ces mausolées a été marquée par de violentes rébellions populaires.

J’étais contente d’avoir Dang pour me conduire d’un site à l’autre. Une fois arrivée dans une ville, je préférais laisser ma moto à l’hôtel. Ne pas me perdre sur les routes du Vietnam requérait une attention constante. Malgré mes efforts, je m’égarais souvent. Rares étaient les journées où je me rendais à destination sans avoir fait quelques détours.

J’avais trois outils pour m’orienter au Vietnam : un GPS, une carte et le langage des signes.

Hors des villes, j’éprouvais peu de difficultés. Quoique je ne puisse pas compter sur mon GPS (le signal étant souvent trop faible), il n’y a normalement qu’une route qui relie les villes principales. J’arrivais donc à m’orienter avec ma carte et la signalisation. Sur toutes les routes du Vietnam se trouvent des bornes qui indiquent le kilométrage jusqu’au prochain village. Celles-ci sont normalement suffisantes pour se rendre à bon port.

La plus grande difficulté était de m’orienter à l’intérieur des villes. Ma carte routière n’était alors d’aucune utilité. Il n’était pas rare que je passe plus d’une heure à chercher mon hôtel. Et j’ai appris que l’affabilité vietnamienne est une arme à double tranchant : jamais un Vietnamien ne vous dira qu’il ignore la réponse à votre question. Et leur gentillesse n’est aucunement proportionnelle à l’exactitude des informations données. J’ai appris à toujours vérifier les indications obtenues sur la rue.

Sur la route, donc, je devais redoubler de vigilance pour me garder en vie et me rendre à destination avant la nuit. C’est donc dire qu’une fois sur place, je déléguais volontiers mon chapeau de capitaine à quelqu’un d’autre.

Dang avait décidé de l’itinéraire de la journée. Je n’avais qu’à me laisser conduire et prendre des photos.

Le premier site où nous nous sommes rendus était le mausolée de l’empereur Tự Đức, construit en 1867. Le site colossal compte notamment un lac, une réserve de chasse, un temple, des résidences royales et le tombeau de l’empereur.

Dang m’attendrait à l’extérieur. J’ai acheté un billet et commencé ma visite.

J’ai arpenté le site ma caméra à la main. N’ayant pas le bénéfice des explications d’un guide, j’avais du mal à comprendre ce que je voyais. J’appréciais néanmoins l’opportunité de prendre des photos de ces ruines majestueuses.

Arrivée au tombeau de Tự Đức, j’ai escaladé une série de marches pour photographier le sépulcre. L’œil dans l’objectif de ma caméra, j’ai entendu au loin une conversation. “Ces touristes ont la chance d’avoir un guide spécialisé,” me dis-je.

Je les ai entendu s’approcher de moi. J’ai alors reconnu qu’ils parlaient français.

Ah tiens. Des Québécois…

J’ai alors levé la tête pour voir de qui il s’agissait. J’ai aperçu au loin quatre silhouettes.

– Mais c’est…

– … le couple de l’ambassade!

Je pensais que j’étais la proie d’un mirage. J’ai décidé de marcher dans leur direction.

Je ne m’étais pas trompée. Il s’agissait bien de Dominique et François, ce couple que j’avais rencontré à l’ambassade quelques jours avant mon départ. Ils étaient accompagnés de leur fille Alexandra.

Cette rencontre défiait toutes les statistiques.

Je savais que François et Dominique venaient au Vietnam pendant les vacances de Noël. Dans les quelques courriels que nous avions échangés depuis notre rencontre, ils m’avaient partagé leur itinéraire de voyage. Mais nous n’avions pu planifier une rencontre car je déterminais mon itinéraire au jour le jour.

Et nous étions là, face à face, au mausolée de Tự Đức. 

Nous avons eu un moment de choc. Confuses, Dominique et moi nous sommes regardées un moment sans bouger. Nous tentions de comprendre la logique derrière cette rencontre invraisemblable.

Le site du tombeau de Tự Đức est parsemé de monuments, de temples et de statues. Les obstacles visuels sont nombreux. Nous aurions pu être à quelques mètres les uns des autres sans jamais se voir. J’aurais pu décider de prendre un autre chemin et nous ne nous serions jamais croisés.

Cette rencontre était une question de minutes, sinon de secondes.

Après un moment de choc, la raison a laissé sa place à l’émotion. Dominique et moi nous sommes sautées dans les bras. Nous avions toutes deux la certitude que cette rencontre n’était pas fortuite.

Voici la preuve que je n’ai pas rêvé cette rencontre.

Advertisements

0 thoughts on “Rencontre improbable

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s