Pleine solitude

Ma prochaine destination était la ville de Hội An, cette petite ville portuaire déclarée patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses bâtiments historiques datant du 15e siècle. En plus de son architecture unique, Hội An est réputée pour sa gastronomie de rue – que je comptais bien découvrir.

Comme Huế et Hội An sont situées le long de la côte, le plus court chemin qui les relie est l’autoroute 1, cette autoroute commerciale engorgée de poids lourds et saturée de trafic. Si je voulais me rendre à Hội An en une seule journée de route, je n’avais d’autre choix que d’emprunter cette voie. Mon GPS indiquait une distance de 136 kilomètres, ce qui était relativement court. Je pourrais vraisemblablement m’y rendre en quatre ou cinq heures.

J’ai eu du mal à me réveiller ce matin-là. Dehors, le temps était gris. Une petite bruine tombait. Le pas lourd, je me suis rendue à ma moto pour me préparer à partir. Ma routine matinale me semblait plus fastidieuse qu’à l’habitude.

Pour me sauver de l’autoroute 1, j’ai choisi de prendre une petite route de campagne en sortant de Huế. Cette route traversait une longue péninsule de terre étroite le long de la côte. De chaque côté, on voyait la mer. Le long de la rive, d’étranges filets de pêche en forme d’entonnoirs géants étaient suspendus au-dessus de l’eau.

J’ai roulé ainsi paisiblement, de village de pêcheurs en village de pêcheurs.

Puis soudainement, la route s’est arrêtée. Comme si l’asphalte avait manqué. Mon GPS indiquait que la route continuait. Il n’y avait pourtant devant moi que la lisière de la jungle et un sentier.

J’ai débarqué de ma moto et retiré mon casque. C’est alors que j’ai entendu le bruit du ressac des vagues.

Il y a une plage derrière cette jungle,” me dis-je.

Malgré le bruit rassurant des vagues, j’étais inquiète d’emprunter seule ce sentier désert. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait de l’autre côté.

C’est le milieu de l’après-midi. Rien ne peut m’arriver,” me dis-je pour me rassurer.

J’ai décidé d’emprunter le sentier. Après une dizaine de mètres, ce dernier a débouché sur une vaste plage de sable déserte.

Je suis restée bouche bée. Ce paysage inattendu était d’une beauté stupéfiante.

Le bruit du vent rugissait dans mes oreilles. Au loin, les vagues se brisaient sur les rochers en laissant derrière des remous blancs. Sur la plage jonchaient des filets de pêche abandonnés.

L’endroit paraissait figé dans le temps. Comme abandonné dans un passé oublié. Alors que je marchais sur la plage, je tentais d’imaginer son effervescence quand les pêcheurs viennent y mettre à l’eau leurs bateaux. Venaient-ils nombreux? De quoi avaient-ils l’air? Que ramènaient-ils de leur expédition?

Alors seule sur cette vaste plage déserte, j’ai vécu un moment de plénitude. Un moment de pleine solitude. 

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Mécanique motomobile

J’ai passé un total de trois jours à Huế, dont une journée complète pour me reposer. J’aurais pu continuer à faire des visites dans cette ville pourtant riche de monuments et d’histoire. Mais je n’en avais pas envie.

La veille de mon départ, je suis allée chercher ma moto chez Kim le mécanicien. Comme il avait fait des réparations importantes, il avait dû la garder deux jours complets. Je lui avais laissé mon numéro de cellulaire pour qu’il m’appelle lorsqu’elle serait prête.

Arrivée à son local, je n’ai presque pas reconnu ma moto. Elle était comme flambant neuve. Stationnée de l’autre côté de la rue, elle étincelait sous le soleil de l’après-midi. On aurait dit que Kim l’avait récuré à la brosse à dent. Quand je lui ai fait la remarque, il m’a répondu : « Un homme peut rouler avec une moto sale. Une femme, non. »

J’ai regardé ma Honda un moment. Comme un homme admire une belle femme. Continue reading